Trump et la crise finale de l’euro

Les élections américaines et la crise économique sont deux évènements qui devraient dominer l’actualité et la stratégie des souverainistes.

30 OCTOBRE 2020

Un constat : des débats en décalage avec l’importance du moment.

Nous voulons souligner à l’attention des souverainistes l’importance des deux sujets que sont les élections américaines et la crise économique post-Covid. Certes, chacun voit bien que la campagne présidentielle américaine se déroule sous très haute tension et qu’une crise économique sans précédent s’en vient. Mais de nombreux autres sujets d’actualité contribuent à en cacher l’importance réelle dans la plupart des médias et des réseaux sociaux : la laïcité et les attentats islamistes, le « couvre-feu » puis le reconfinement, le professeur Didier Raoult et l’efficacité du traitement qu’il préconise, le racisme, la PMA, etc. Non-pas que ces sujets n’aient pas d’importance, mais ils ne devraient pas occuper la première place dans les préoccupations et la communication des souverainistes. Ils devraient même n’en occuper (temporairement) aucune au regard de l’importance du moment historique dans lequel nous nous trouvons. 

Les élections américaines

Si les Etats-Unis voient leur hégémonie de plus en plus contestée sur le plan économique, notamment par la Chine, ils restent encore la seule superpuissance militaire du monde. Cette dernière caractéristique est cependant de plus en plus relativisée par la puissance militaire montante de la Chine et de la Russie, même si ces deux derniers pays sont infiniment moins interventionnistes que les Etats-Unis, et restent très loin de pouvoir rivaliser réellement avec la puissance de frappe américaine. Mais un hégémon militaire est d’autant plus dangereux qu’il est en perte de puissance. Sous George W. Bush, il y a eu de nombreuses et sanglantes interventions des Etats-Unis dans le monde, dont l’invasion de l’Irak et la guerre en Afghanistan. Ces interventions se sont poursuivies, et de nouvelles initiées, sous Obama (visant à la destruction tragique de l’Etat en Lybie comme en Syrie, et sans oublier une très intense utilisation des frappes par les drones américains, et la mobilisation de force spéciales travaillant en sous-main, le tout pour continuer d’intervenir tous azimuts tout en limitant la perte de militaires américains de l’armée régulière[1]). Son vice-président était Joe Biden, déjà un va-t-en-guerre lors du mandat de Bill Clinton poussant à l’intervention armée au Kosovo en 1999. Le système militaro-industriel a soutenu et financé la campagne d’Hillary Clinton en 2016 pour une raison plus qu’évidente, à savoir que c’était la candidate qui assurerait à ce système de nouvelles guerres d’intervention. Si elle avait gagné les élections il y a quatre ans, cela aurait débouché sur de nouveaux bains de sang. On peut donc dire que la victoire de Trump a permis d’éviter de nouvelles guerres d’intervention. L’arrivée au pouvoir de Biden, individu corrompu au dernier degré (tout comme les Clinton, et en lien avec eux), au cœur de l’establishment américain depuis des décennies, marquerait le retour au pouvoir du complexe militaro-industriel, avec les conséquences que l’on connait pour la sécurité dans le monde.

Ensuite, Trump a bousculé la mondialisation néolibérale. Il a frontalement remis en cause le « libre échange » vis-à-vis de la Chine et de l’Allemagne, les pays les plus mercantilistes du monde et les principaux gagnants de la mondialisation. Certes, au cours de son mandat, il ne s’est pas attaqué à la financiarisation de l’économie, l’un des deux autres axes stratégiques de la mondialisation néolibérale. Mais la remise en cause du « libre échange » par les Etats-Unis est, encore plus que le Brexit (que Trump a aussi soutenu ostensiblement), une impulsion donnée en direction de la démondialisation (ou déglobalisation). Si les adversaires de Trump reprennent le pouvoir à l’occasion de ces élections, alors la plus grande puissance du monde se remettrait en marche dans le sens de la mondialisation néolibérale et apporterait à nouveau son plein soutien à l’Union européenne, au moment où nous aurons plus que jamais besoin de son affaiblissement au profit des nations souveraines.

Il ne s’agit donc pas de « soutenir » Trump (ce qui n’aurait d’ailleurs rigoureusement aucun effet), mais de considérer que sa réélection nous protègerait du pire, d’une part, et qu’elle nous offrirait un certain nombre opportunités, d’autre part, sur des points essentiels (affaiblissement de l’Union européenne et guerre commerciale partielle avec la Chine, ce qui pousse cette dernière à se recentrer plus vite sur son marché intérieur, évolution éminemment défavorable au libre-échange mondialisé néolibéral). Que Trump ne soit pas politiquement correct est donc un problème tout-à-fait secondaire pour nous. Qu’importent ses tweets idiots ! Il est le 1er à avoir fait trébucher la mondialisation néolibérale. Le déchaînement médiatique contre lui, au Etats-Unis et en Europe, ainsi que la censure qu’exercent les GAFA (notamment sur les réseaux sociaux) contre ceux qui évoquent les faits de corruption de Biden, sont la manifestation de l’extrême inquiétude que sa réélection provoque chez les tenants de l’ordre néolibéral mondial. Analyser correctement les opportunités que nous offre ce grand virage de la politique extérieure américaine, en dehors de l’apparence chaotique et désagréable de la communication (et d’une partie des actions) de Trump, est absolument nécessaire, sans se laisser impressionner par les apparences idéologiques qui en font un sujet repoussoir pour les bien-pensants de tous bords.

La crise économique

Les multiples épisodes de confinements, sous leurs diverses formes (selon leurs durées, leurs délimitations géographiques, horaires, sociales, etc.), ainsi que la communication anxiogène de nos “élites” incompétentes, corrompues et dépassées par les évènements, contribuent à accélérer la décomposition économique en cours depuis 2007 dans le monde néolibéral. Au point que l’OMS prédit que cette politique produira finalement plus de morts que le coronavirus lui-même, indirectement, en raison de leur impact économique délétère[2].

Une crise d’une telle ampleur, en dehors de ses conséquences tragiques, ne peut pas ne pas être l’occasion de gigantesques enjeux stratégiques sur le plan politique. Les partisans de la souveraineté nationale comme condition de la démocratie politique et sociale doivent agir pour que cette période historique devienne la crise terminale de la mondialisation néolibérale. Car il serait à la fois illusoire et hasardeux d’attendre que l’euro et l’UE s’effondrent d’eux-mêmes. Illusoire, car la capacité de cette machinerie à pourrir sans mourir est déjà plus que démontrée. Et hasardeux, car si cet effondrement se produisait alors qu’aucune force politique en capacité de porter une volonté générale et de prendre les commandes institutionnelles n’était présente, on verrait alors « tout changer pour que rien ne change »[3]. Il s’agit donc de contribuer à tout faire pour que s’écroule l’équilibre institutionnel européen, déjà fortement ébranlé.

Hiérarchiser le combat souverainiste

Au cours de ses dernières interventions[4], le démographe et historien Emmanuel Todd, très affuté dans son analyse de la situation française, estime que pour parvenir à s’organiser contre la caste dirigeante « devenue cinglée », il y a nécessité de fonder un parti politique de gouvernement et de le doter d’un programme qui comportera nécessairement la sortie de l’euro. Il estime également que pour parvenir au pouvoir, ce parti devra porter une conception inclusive de la nation, intégrant toutes les populations présentes sur le territoire national, ce qui est loin d’être le cas de toutes les organisations souverainistes déjà existantes.

Les élections de 2022 se dérouleront selon toute vraisemblance en pleine crise économique et européenne. Cet épisode électoral pourrait être l’occasion de faire élire une majorité de députés chargés de rétablir la pleine et entière souveraineté de la France et de son Etat (sortie de l’UE, rétablissement de la monnaie nationale, convocation d’une constituante). Il appartient aux personnes les plus influentes la responsabilité de lancer l’appel qui réunira les fondateurs d’une organisation capable d’atteindre cet objectif.

Dans une situation aussi difficile que celle des “souverainistes” (ceux qui savent que la restauration de la démocratie politique et sociale est impossible sans le rétablissement plein et entier de la souveraineté de la nation) pris dans un système institutionnel, économique, médiatique et intellectuel intégralement soumis à l’hégémonie néolibérale, il faut savoir hiérarchiser son énergie, ses analyses et sa stratégie. Les élections législatives de juin 2022 sont la prochaine occasion évidente d’une avancée décisive de cette cause. Une analyse pertinente du contexte intérieur et extérieur de ces élections sera bien sûr particulièrement nécessaire pour élaborer une stratégie efficace. Il est d’ores et déjà évident que l’identité du prochain président américain et la force de la crise économique encore à venir pour l’essentiel, poussant le système de la zone euro dans ses retranchements, seront sans doute les deux paramètres clés du contexte des élections de 2022 du point de vue de la cause souverainiste. Toutes les autres thématiques, quel que soit l’intérêt que l’on y porte par ailleurs et l’insistance des médias pour en faire l’essentiel de l’actualité, doivent passer derrière ces réalités massives si l’on veut être un tant soit peu réaliste.

Notes :


[1] https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jan/09/america-dropped-26171-bombs-2016-obama-legacy

[2] Lire la chronique du 08 octobre : « Les classes dominantes ont-elles encore une stratégie collective ? », lepetitnationiste.fr/2020/10/08/les-classes-dominantes-ont-elles-encore-une-strategie-collective/

[3] Référence au livre « Le Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

[4] Champs Libres, « les mutations de la société française », 25 janvier 2020, https://www.youtube.com/watch?v=i-lUHETbnOc

France Culture, « le souverainisme réhabilité par la crise ? », 24 juin 2020, https://www.youtube.com/watch?v=wflF1sxlfZE

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